Reprise des boîtes par les salarié-e-s ?

Les licenciements en chaîne en période de crise sont une des difficultés concrètes et immédiates qui se posent aux salarié-e-s. Parmi la palette des solutions envisagées est réapparue celle de la reprise de l’entreprise par les salarié-e-s en coopérative ouvrière de production. Que faut-il en penser ? Ne fait-on pas nôtre le slogan traditionnel : si les patrons ont besoin de nous, nous n’avons pas besoins d’eux ? En France, 80 entreprises en liquidation judiciaire ont été reprises par des salarié-e-s entre 2006 et 2010. En 2010, les 10 jours de relance de la production « sous contrôle ouvrier » de Philips EGP à Dreux ont marqué les esprits. En 2012, la reprise en Scop de Seafrance a fait parler d’elle : l’activité doit redémarrer ces jours-ci mais avec seulement 120 salarié-e-s sur 880. Alors que l’autogestion pratiquée en 1973 à LIP (manufacture horlogère à Besançon), c’était maintenir les différences de salaires en attendant un repreneur (« on fabrique, on vend, on se paie »), la coopération peut permettre d’aller plus loin, dans le temps (on n’attend plus un repreneur, on est le repreneur) et dans l’organisation. Dans leur immense majorité, les coopératives (21 000 en France) n’ont rien à voir avec des reprises par les salarié-e-s, et il est peu probable que ce soit le meilleur contexte pour en démarrer une. Elles ne sont pas forcément entièrement aux salarié-e-s car en droit français, la Scop peut ouvrir 49 % de son capital social à l’extérieur. Mais en se plaçant d’un point de vue coopérateur strict, comme l’envisageaient nos anciens, la coopération est en effet une forme davantage inspirée des principes socialistes : non seulement on se passe du patron mais on travaille entre égaux. Il ne faut toutefois pas s’illusionner : que ce soit autogestion ou coopération, on reste dans un environnement capitaliste et l’on ne construira pas le socialisme dans une seule entreprise, tout comme le socialisme ne sera pas une forme autogérée, démocratique, de capitalisme. Si la Scop est en difficulté, on y sera dans l’auto-exploitation et la difficulté de maintenir un carnet de commandes qui puisse faire travailler tout le monde, quand tout le monde a lutté. Si elle se développe dans les contraintes du marché, on risque fort d’être dans l’exploitation par le noyau coopérateur d’un volant de précaires. Ce n’est donc ni la solution à tous les maux de la crise capitaliste ni une préfiguration automatique de la société à venir : c’est aux travailleurs de chaque entreprise de décider collectivement si c’est la meilleure, ou la moins mauvaise des sorties de lutte qui se présentent à eux, et ce sans illusions.

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